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Les sons

Ce qui suit concerne la prononciation standard (Standardlautung). La pronciation des allemands éduqués en diffère quelque peu selon leur origine géographique.

Les consonnes

Les consonnes sont les bruits produits lorsque l'air issu des poumons rencontre une obstruction. Lorsque l'obstruction est due à une fermeture complète du passage, on parle de plosive : [p, t, k, b, d, g]. Le bruit qu'on entend correspond à la libération de l'air lorsque le passage s'ouvre, cette mini-explosion s'appelle plosion. Elle est plus ou moins intense selon la pression de l'air accumulé derrière l'obstacle. Lorsque la fermeture du passage est incomplète, l'air s'écoule de manière continue en produisant un bruit de friction : on parle alors de fricative : [f, v, s, z, ʃ, ʒ, ç, x, j, h].

Les plosives de l'allemand sont [p, b, t, d , k, g]. Elles vont par paires, correspondant à leur lieu d'articulation.

LabialesAlvéolairesVélaires
Sourdesptk
Sonoresbdg

A première vue, tout va bien, puisque ce tableau ressemble à s'y méprendre à celui des plosives du français, que l'on trouve à l'initiale des mots petit, tartine, calme, beau, dormir, gare. Pourtant, lorsque les français imitent facétieusement un accent allemand (façon Francis Blanche), ils le font notamment en mélangeant les t et les d, les p et les b, les k et les g, donc en altérant la prononciation de ces plosives... C'est donc qu'il y a des petits soucis, et dites vous bien que si les plosives de l'allemand passent mal en français, l'inverse doit être vrai aussi.

La principale difficulté est l'opposition entre sourdes et sonores. En français, les sourdes diffèrent des sonores de deux manières. D'une part, lorsqu'on prononce une sourde les cordes vocales ne vibrent pas, alors que dans le cas d'une sonore, elles vibrent. D'autre part, les sourdes sont prononcées avec plus d'intensité que les sonores. Dans certains cas, les sonores ne sont pas accompagnées de vibrations des cordes vocales (par exemple, lorsqu'on chuchotte), mais on les distingue tout de même des sourdes du fait de leur intensité moindre. Tout ceci est vrai aussi en allemand. En revanche, les plosives sourdes allemandes [p, t, k] sont, à la différence des sons homologues français, caractérisées par une plosion forte; elle sont donc accompagnées d'un souffle très perceptible; dans une transcription phonétique précise, on les note [pʰ, tʰ, kʰ]. On peut faire l'expérience suivante : laissez pendre un mouchoir en papier quelques centimètres devant votre bouche, et prononcez le mot français parc, puis le mot allemand Park. Dans le premier cas, le papier frémit à peine à l'émission du p, dans le second, il s'agite fortement. Les plosives sourdes allemandes [p, t ,k] sont accompagnées d'un souffle particulièrement fort lorsqu'elles précèdent immédiatement une voyelle accentuée, comme dans Park [pʰark], le souffle est moins fort dans d'autres positions, et quasiment imperceptible lorsque l'occlusive est précédé d'un s ou d'un ʃ comme dans Spitze [ˈʃpɪtsə] ou Skandal [skanˈdaːl].

Une autre différence, plus discrète, concerne le point d'articulation de [t,d], qui diffère perceptiblement entre français et allemand. En français, ce sont des dentales, c'est-à dire que le bout de la langue s'applique sur la base des incisives. En allemand (comme en anglais), ce sont des alvéolaires : le bout de la langue vient toucher le renflement situé à l'arrière de la base des incisives (c'est l'endroit où se produit le sifflement du s français). Cela produit un son plus 'creux'.

Attention, en allemand les occlusives sonores deviennent automatiquement sourdes en fin de mot, ou de morphème (élément constitutif d'un mot ayant son sens propre). Par exemple, les mots Rad et Rat se prononcent tous les deux [raːt] (mais le pluriel Räder se prononce [rɛːdɐ]).

Les fricatives de l'allemand sont [f, v, s, z, ʃ, ʒ, ç, x, j, h]. Les six premières :

LabiodentalesAlvéolairespalatales
Sourdesfsʃ
Sonoresvzʒ

correspondent suffisamment bien avec leurs équivalents français pour ne pas poser de problème, dès lors que l'on a compris que la graphie w correspond au son [v], les graphies f et v, au son [f], le groupe qu à [kv], etc...

De même le [j] est le son du y dans le mot français fayot [fajo].

Plus problématiques sont les fricatives [ç, x, h], complètement étrangères au français.

Le [ç], appelé ich-laut, est la consonne finale de ich [ɪç]. C'est une fricative palatale sourde. Une manière de la prononcer est d'émettre la voyelle i de manière prolongée, et de se mettre à chuchotter (autrement dit, on cesse de faire vibrer ses cordes vocales); le son i devient alors une sorte de sifflement sourd, qui est très proche du son recherché. Il faut encore rapprocher un peu la langue du palais afin d'accentuer le siffement, et on obtient un vrai [ç]. Les français doivent veiller à bien distinguer le [ç] du [ʃ], par exemple dans le mot Geschichte [gəʃɪçtə].

Le [x], appelé ach-laut, est la consonne finale de Bach [bax]. C'est une fricative vélaire sourde. On l'obtient en élevant l'arrière de la langue vers l'arrière du palais, comme si on s'apprétait à prononcer un [k], mais en s'arrêtant avant que la langue ne fasse contact, et en produisant un souffle dont le bruit de friction est alors précisément [x]. Ce son est quasiment identique à celui de la jota espagnole, autrement dit Bach se prononce à peu près comme 'bajo' sans le 'o' final.

La graphie ch correspond au son [x] après l'une des voyelles a, o, u, au; elle correspond au son [ç] dans tous les autres cas, c'est-à-dire à l'initiale, après consonne, ou après toute voyelle autre que a, o, u, au (toutefois le groupement chs représente [ks]).

Le [h] allemand coïncide exactement avec son homologue anglais. C'est ce qu'on appelle communément l'aspiration (fricative sourde glottale). Ce son précede toujours une voyelle, et se prononce en mettant la langue et les lèvres en position pour former la voyelle suivante, et émettant un léger souffle avant de prononcer la voyelle.

Les nasales et la liquide : [m, n, ŋ, l]. Les nasales m, n et la liquide [l] ne posent essentiellement pas de problème, les sons allemands étant quasiment identiques à ceux du français. La nasale [ŋ] n'existe pas en français standard ; elle est au [g] ce que le [n] est au [d]. Autrement dit, on la prononce en fermant le passage de l'air comme pour émettre un [g], puis en libérant le passage par les fosses nasales.

La vocalisation des sons [m,n,l] est un phénomène très fréquent. Lorsqu'un mot se termine par -em, -en, -el inaccentués, ces groupes ne sont pas prononcés əm, ən, əl mais , , , c'est-à-dire qu'on n'entend pas le ə et que les sons m, n, l sont prolongés pour la durée de la syllabe. Cette pratique est l'usage normal dans la langue parlée.

Le son [r] de l'allemand est prononcé de manière diverse par les locuteurs éduqués, mais il ne devrait pas poser de problème puisque la forme la plus fréquente (fricative uvulaire) coïncide avec le r standard français. Dans les types de prononciation utilisant ce son, le [r] est prononcé dans certaines positions comme une voyelle, notée [ɐ] : besser [bɛsɐ], Kurs [kʊɐs]. Dans le language courant cette forme vocalique s'emploie en position finale et devant consonne.

Les affriquées de l'allemand

Une affriquée est une consonne dont l'articulation commence par une plosive et se prolonge par une fricative. L'allemand possède trois affriquées : [pf, ts, tʃ] dont la prononciation ne pose en principe pas de problème particulier.

Le coup de glotte, noté ʔ, n'est pas étranger au français, c'est l'attaque 'dure' qu'on rencontre dans oh! oh! [ʔoʔo] ou dans hé! [ʔe]. En allemand, ce son est employé devant une voyelle en début de phrase, ou devant une voyelle accentuée à l'initiale d'un mot ou d'un morphème.
Er hat die anderen beeindrukt. [ʔɛɐ hat diː ˈʔandərən bəˈʔaɪndrʊkt]

Les voyelles

Une voyelle se caractérise par sa longueur (la durée d'émission du son) et par son timbre (la qualité du son). Lorsque le timbre varie lors de l'émission du son, on parle de diphtongue.

Sept paires longue tendue / brève relâchée

Longue tendue øː
Brève relâchée ɪɛaʊɔ ʏœ

Les longues tendues sont des voyelles qui, par le timbre, coïncident assez bien avec des voyelles similaires du français. En syllabe accentuée, ces voyelles sont longues (nettement plus longues que celles du français). Cette longueur est notée par les deux points : dans l'écriture phonétique.
En revanche en syllabe inaccentuée, elles tendent à être brèves (c'est-à-dire, de même longueur que les voyelles brèves relâchées - mais s'en distinguent tout de même par le timbre 'tendu'), dans ce cas on omet les deux points dans l'écriture phonétique.

Ainsi les voyelles des mots allemands Miete [miːtə], stehlen [ʃteːlən], lahm [laːm], Fuß [fuːs], Ofen [oːfən], fühlen [fyːlən], Höhle [høːlə] coïncident par le timbre à celles des mots français vite, été, rame, tous, mot (o fermé), lu, bleu (eu fermé), mais sont nettement plus longues.

Les brèves relâchées ne coïncident pas toutes par le timbre avec des voyelles du français.

Commençons par les cas faciles. Les voyelles a, ɛ, ɔ, œ correspondent bien aux voyelles a, è ouvert, o ouvert et eu ouvert du français. Autrement dit les voyelles des mots allemands Lamm [lam], fest [fɛst], offen [ɔfən], Hölle [hœlə] sont très semblables à celles des mots français lame, reste, homme, seul.

En revanche, les voyelles ɪ, ʊ et ʏ des mots allemands Mitte [mɪtə], muss [mʊs], füllen [fʏlən] sont très différentes des voyelles des mots français mite, mousse, bulle. Elles sont centralisées, c'est à dire prononcées en détendant la langue et en la rapprochant du centre de la bouche.
Si vous connaissez l'anglais, c'est assez facile : ɪ et ʊ correspondent bien aux sons des mots anglais bit et put. Pour prononcer ʏ, il suffit d'émettre le son ɪ en arondissant les levres comme pour le son y.

Les autres voyelles ne s'inscrivent pas dans une paire tendue / relâchée. Il s'agit de

  • ɛː, version longue de ɛ, dans Bären [bɛːrən], semblable pour le timbre à la voyelle française du mot faire
  • ə, voyelle de la dernière syllabe de bitte [bɪtə]; c'est une voyelle centrale toujours inaccentuée, qu'on prononce en laissant la langue en position de repos au milieu de la bouche
  • ɐ, voyelle centrale toujours inaccentuée, plus ouverte que ə, qui est une variante vocalique de la consonne r et du groupe ər dans certaines positions

Les diphtongues sont au nombre de trois. Il s'agit de voyelles longues dont le timbre évolue continument pendant l'émission

  • , dont le premier élément est a et le second ɪ
  • , dont le premier élément est a et le second ʊ
  • ɔʏ, dont le premier élément est ɔ et le second ʏ

Ajoutons que les allemands s'efforcent de prononcer les voyelles nasalisées des mots d'origine françaises 'à la française'. Ceci ne devrait pas poser de problème pour un locuteur français. D'une manière générale, les allemands s'efforcent de prononcer les mots étrangers conformément à leur prononciation d'origine.