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Rythme et intonation

Rythme

En allemand, lorsqu'on prononce un mot de manière isolée, l'une des syllabes du mot est articulée avec un relief particulier qu'on appelle l'accent tonique (voir la page accent tonique).

C'est évidemment artificiel. Lorsqu'on parle, on n'émet normalement pas des mots isolés, mais des phrases entières. Or, dans une phrase, tous les mots ne portent pas d'accent. Seuls certains mots particuliers, ceux qui véhiculent une information jugée importante par le locuteur, conservent leur accent tonique. Les autres mots sont inaccentués. Par exemple, dans la phrase :
ˈGestern hat er ein ˈneues ˈFahrrad geˈkauft
seuls les mots Gestern, neues, Fahrrad et gekauft sont accentués. Quels mots sont accentués, dépend du contexte et de l'intention du locuteur. En général, les mots lexicaux (qui apportent un sens) sont accentués, et les mots grammaticaux (qui renseignent sur l'organisation grammaticale de la phrase) sont inaccentués. Mais le locuteur peut très bien vouloir mettre l'accent sur un mot grammatical (par exemple pour insister sur un point clé de son message) et pas sur un mot lexical (qui par exemple, n'apporterait pas d'information nouvelle par rapport à ce qui a été déjà dit ou au contexte).

Le pied, unité rythmique

Lorsqu'on prononce une phrase, celle-ci se découpe en pieds ; chaque pied est un groupe de syllabes qui commence par une syllabe accentuée et comprend toutes les syllabes inaccentuées qui la suivent. Le pied est l'unité rythmique de base. En séparant les pieds par une barre verticale |, la phrase ci-dessus se décompose donc comme suit :
|ˈGestern hat er ein |ˈneues |ˈFahrrad ge|ˈkauft|
On voit que les frontières des pieds ne coïncident pas forcément avec celles des mots.

La notion de pied est essentielle, car c'est elle qui dicte le rythme de la phrase : on prononce celle-ci de telle sorte que les pieds soient d'une durée sensiblement égale. Cela a pour conséquence que si un pied comporte plus de syllabes qu'un autre, celles-ci seront prononcées plus brièvement, de telle sorte que les accents tombent à intervalles réguliers. S'il y a des syllabes non accentuées en début de phrase, avant le premier pied, elles sont prononcées assez rapidement (cette partie de la phrase s'appelle pré-tête, on en reparlera bientôt).

Intonation

Lorsqu'on parle, la voix ne reste en principe pas à une hauteur constante ; elle ne cesse de varier de hauteur, entre les aigus et les graves, produisant une mélodie qu'on appelle l'intonation. L'intonation a pour fonction principale de renseigner sur l'attitude du locuteur.

Le locuteur dispose d'une relative liberté en matière d'intonation, mais celle-ci repose sur un petit nombre de mélodies-type qui sont caractéristiques de la langue.

L'intonation fait donc partie du champ de la grammaire, au même titre que les conjugaisons ou le double infinitif, mais son étude est relativement récente et plusieurs approches coexistent. Nous suivrons ici celle exposée dans Modern German Pronunciation de Christopher Hall. Die Grammatik 4. de Duden offre un traitement assez différent.

L'unité de base sur laquelle s'appuie l'étude de l'intonation est le groupe de sens.

Le groupe de sens, unité mélodique

Jusqu'à présent, on a parlé de mots et de phrases, mais ces découpages, utiles sur le plan grammatical, sont peu pertinents lorsqu'on s'intéresse au rythme et à l'intonation. Les unités importantes sont le pied, auquel on a déjà eu affaire, et le groupe de sens. Un groupe de sens est une portion de phrase qui apporte un élément de sens relativement autonome. Il n'y a normalement pas de pause à l'intérieur d'un groupe de sens, il peut y en avoir entre deux groupes de sens consécutifs. Là encore, c'est le locuteur qui décide comment découper son discours en groupes de sens. Voici quelques exemples, où les groupes de sens sont séparés par des doubles barres verticales :
‖ Es ist spät.‖ Lass uns nach Hause gehen.‖ Wir müssen morgen früh aufstehen.‖
‖ Wir wollten das Buch kaufen,‖ aber wir hatten nicht genug Geld mit.‖
‖ Wir haben dein Lieblingsbild ‖ den Rembrandt gesehen.‖
‖ Wir wollen ihm besuchen ‖ am Sonntag.‖
Le groupe de sens est l'unité de base pour ce qui concerne l'intonation.

Anatomie du groupe de sens

On a vu ci-dessus que le groupe de sens se découpe en pieds. Chaque pied est constitué d'une syllabe accentuée et de l'ensemble des syllabes inaccentuées qui la suivent. S'il existe des syllabes inaccentuées avant la première syllabe accentuée, celles-ci constituent la pré-tête du groupe de sens. La pré-tête est donc vide si la première syllabe est accentuée.

Chaque groupe de sens comporte une ou plusieurs syllabes accentuées. Parmi celles-ci, une en particulier joue un rôle spécial, c'est le noyau. Le noyau est la syllabe accentuée du mot jugé le plus important du groupe de sens. Si le locuteur ne souhaite pas donner de relief particulier à un mot, il y a un choix par défaut. S'il y a plusieurs syllabes accentuées, le noyau est la dernière syllabe accentuée de la phrase, sauf si le mot qui la porte est une forme verbale, auquel cas le noyau est l'avant-dernière syllabe accentuée.

Le noyau est la syllabe clé sur laquelle s'appuie l'intonation du groupe de sens. Toutes les syllabes qui suivent le noyau constituent la queue du groupe de sens. Tous les pieds avant le noyau constituent la tête du groupe de sens, qui commence donc par la première syllabe accentuée et se termine par la dernière syllabe avant le noyau. Notons que la tête et la queue peuvent être vides.

Voici un exemple de groupe de sens avec pré-tête, tête, noyau et queue

Wir sind   ˈgestern in den   ˈZoo   geˈgangen  
pré-tête tête noyau queue

Les mélodies-type

Les mélodies type se caractérisent avant tout par le traitement du noyau (et de la queue, qui du point de vue de l'intonation est un simple prolongement du noyau), et secondairement par la forme de la tête.

Il y a cinq mélodies associées au noyau (et à la queue) :

  • La chute : le ton est haut sur le noyau, puis chute brusquement au niveau le plus bas. Lorsque le noyau est la dernière syllabe (donc en l'absence de queue), la chute se produit sur le noyau. Lorsqu'il y a une queue, le noyau est prononcé sur un ton haut, et l'ensemble des syllabes de la queue sur un ton bas.
  • La montée : le ton est bas sur le noyau, puis s'élève graduellement. En l'absence de queue, l'élévation se produit sur le noyau. Dans le cas contraire, elle se répartit sur la queue.
  • Le ton plat : le noyau et la queue sont émis sur un ton assez haut et constant.
  • Le ton circonflexe : le noyau est prononcé sur un ton assez bas, puis le ton monte en haut et redescend au plus bas.
  • Le ton circonflexe inversé : le noyau est prononcé sur un ton haut, puis le ton chute en bas, et remonte graduellement.

La tête peut prendre quatre formes :

  • La tête haute : les syllabes de la tête sont émises sur un ton haut. Si le noyau porte un ton plat, la première syllabe de la tête est émise sur un ton haut, et les syllabes suivantes descendent graduellement.
  • La tête basse : les syllabes de la tête sont émises sur un ton bas.
  • La tête montante : chaque syllabe accentuée de la tête est émise sur un ton bas, et le ton monte graduellement sur les syllabes inaccentuées suivantes.
  • La pré-tête est toujours émise sur un ton bas.

    Signification des mélodies-type

    La chute a un caractère définitif, fermé. Elle indique que le locuteur considère que son assertion est complète et n'attend pas de réaction de la part de son interlocuteur. On l'utilise typiquement

    • dans les déclarations (qui ont alors un caractère définitif et sans appel)
    • dans les ordres
    • dans les w-questions (dans ce cas, une réponse est attendue, voire exigée)

    La montée a un caractère ouvert, elle suggère un prolongement, par exemple que le locuteur a encore quelque chose à dire ou attend une réaction de la part de son interlocuteur. On l'emploie

    • dans les questions oui-non
    • dans les w-questions, qui ont alors un caractère moins pressant, donc plus cordial, qu'avec la chute
    • pour conférer à l'énoncé un caractère interrogatif, ou pour demander la répétition ou la confirmation d'une information
    • dans une déclaration, pour indiquer qu'on n'en a pas fini et qu'on a encore quelque chose à ajouter - dans ce cas le ton plat est plus fréquemment utilisé

    Le ton plat sert à indiquer qu'on n'a pas terminé; il est donc utilisé dans les groupes de sens non finaux, par exemple la première partie d'une question comportant une alternative, ou dans une énumération, pour tous les éléments sauf le dernier. On l'utilise aussi dans les salutations et autres petites remarques auxquelles il confère un caractère neutre.

    Le ton circonflexe est une variante de la chute qui exprime une plus grande implication émotionnelle (par exemple, de l'enthousiasme).

    Le ton circonflexe inversé est une variante de la montée qui confère un relief particulier au mot portant le noyau. On l'emploie souvent pour marquer un contraste.

    Pour ce qui concerne la tête, la tête haute est neutre. Comme on l'a vu, elle est descendante en présence d'un ton plat. La tête basse met particulièrement en relief le noyau, on l'emploie lorsque la tête ne contient pas d'éléments d'information essentiels. La tête montante est utilisée à des fins emphatiques, et exprime l'implication émotionnelle du locuteur.